Le marché au cadran de Saint Pol





Transcription complète de la vidéo ci-dessus :

Journaliste
       Monsieur, qu'est-ce que vous pensez, vous, de l'organisation de ce marché au cadran de la SICA ?
Inconnu
      Ce que nous pensons, ben c'est que, c'est un bien pour toute la région parce que, avant quand il y avait des marchés encombrés comme maintenant, toute la marchandise restait sur place et les cours s'effondraient. Tandis que maintenant comme aujourd'hui, surtout aujourd'hui, on a envoyé le tiers de la marchandise dans les fermes, ce qui a soutenu les cours.
Journaliste
       Oui la région de Saint Pol de Léon produit chaque année plus de 100 000 tonnes d'artichauts, près de 100 millions de têtes de choux fleurs. Mais les nécessités climatiques imposent à certaines époques des récoltes accélérées, d'où afflux sur le marché, ce qui correspondait autrefois à la catastrophe. Les cours s'effondraient, et les cultivateurs s'en allaient la mort dans l'âme déverser leur richesse à la décharge publique. Qu'on se souvienne : un jour de juin 61, une troupe de paysans investit la sous-préfecture de Morlaix. A leur tête, un jeune leader syndicaliste, Alexis Gourvennec. De cette période de trouble allait pourtant sortir l'assainissement. La SICA, dont il est le président et qui groupe 4.500 adhérents, a créé le marché au cadran de Saint Pol, inspiré des marchés hollandais.
Alexis Gourvennec
       Ce marché au cadran, que nous avons créé en janvier 1961, donc avant même les évènements de la sous-préfecture de Morlaix, a apporté essentiellement aux agriculteurs, dans une première étape, un gain de temps très considérable. Il n'en demeure pas moins vrai que ces résultats se situent essentiellement au niveau de l'amélioration du revenu, par un meilleur contrôle du marché, par une meilleure connaissance des quantités offertes, par une cadence des transactions extrêmement rapide, par une parfaite connaissance des prix et une saine émulation au niveau des achats. Ce que l'agriculteur retire par conséquent de cette organisation, c'est essentiellement un revenu supérieur, par une politique de soutien des prix aux périodes d'excédent, et une plus grande sécurité quant aux conditions de production et quant à l'avenir de, euh, son niveau de vie. Le marché au cadran de Saint Pol de Léon, c'est le coeur, la tête, le centre d'un ensemble de marchés que nous gérons depuis 4 ans, depuis même 5 ans euh et qui traite de l'artichaut et du chou-fleur. Ce marché est ouvert, soit à la production des adhérents, production en vrac qui vient chaque matin des exploitations de nos adhérents, ou est ouvert également aux conditionnés, marchandises emballées, dans 60 stations de conditionnement que nous contrôlons Cette marchandise emballée est mise en vente à Saint Pol de Léon, à la salle des ventes de Saint Pol de Léon.
Journaliste
       Il est 8 heures du matin, devant la cinquantaine d'acheteurs accrédités par la SICA et installés dans un amphithéâtre, c'est le rapide défilé des charrettes et des remorques. Le crieur au micro annonce les lots, les provenances, l'aiguille du cadran se met en route dans le sens dégressif. Les acheteurs disposent d'un bouton qui bloque l'aiguille sur le prix qui leur convient, un numéro propre à chaque acheteur s'allume au centre du cadran. Alors, d'un geste convenu du bras, le producteur donne son accord ou le refuse. Il peut présenter sa marchandise 2 fois, la décision lui revient. Mais tout va très vite, à peine 15 secondes. Le reste - règlement, formalités - c'est le travail de la SICA. Le système impose certaine discipline : se plier aux règlements, accepter de ne pas participer à la vente certains jours d'affluence, cotiser à la caisse de soutien des cours. Cette discipline est librement consentie, librement acceptée, pour une raison bien simple, elle donne de bons résultats.
Alexis Gourvennec
       Tous les producteurs ne nous suivent pas et ceci s'explique très facilement. Tout d'abord, parce que l'unanimité, c'est un phénomène qui n'existe pas ; c'est un phénomène qui n'existe pas dans une population agricole forte de quelque chose comme 6.500 ou 7.000 agriculteurs. C'est la raison pour laquelle à peu près 15% de la production se refuse encore à rallier notre système, à peu près 15% de la production se refuse à respecter toute discipline de mise en marché. Or il n'en demeure pas moins vrai que si hier l'agriculteur pouvait se payer le luxe - permettez moi l'expression - de vivre en agriculteur isolé, l'avenir pourtant n'appartiendra qu'aux agriculteurs groupés, aux agriculteurs qui contrôleront leur marché, aux agriculteurs qui maîtriseront leur production sur toute la ligne.
Journaliste
Monsieur Jacques, que représentez-vous exactement ?
Monsieur Jacques
       Moi je suis, je suis un expéditeur indépendant, naturellement, parmi, parmi 12 autres, et nous représentons environ 2.000 producteurs de la région de Saint Pol et de la région naturellement, de Kerlouan à la mer.
Journaliste
       Une autre partie étant réalisée par les coopératives et une autre partie également par la SICA.
Monsieur Jacques
       Ah ben oui la, naturellement, les, les, la SICA représente un peu plus peut-être de 50%. Les coopératives, un quart, et nous enfin, à quelque chose près, l'autre quart.
Journaliste
       Vous avez été vous-même d'ailleurs à la SICA, à ses débuts et vous l'avez quittée, pourquoi ?
Monsieur Jacques
       Ben nous étions pas du, vous savez c'est une question d'achat surtout, d'achat au bouton quoi qui nous, qui nous convenait pas tout à fait pour euh, pour la quantité de marchandises que nous avions achetées tous les jours sur la place.
Journaliste
       Vous qui êtes producteur, qu'est-ce que vous pensez du marché au cadran de Saint Pol ?
Producteur
       Le, le marché est très bien pour nous, maintenant on est digne de notre légume.
Producteur 2
       Pour chacun inventaire, soit les marchands, soit le cultivateur, il y a une discipline qui est acceptée par, pour les cultivateurs qui adhèrent à la SICA.
Journaliste
       Vous pensez que c'est l'avenir ça, l'organisation du marché au cadran ?
Producteur 3
       Ah oui, oui, oui ; c'est notre seul avenir, sans cette organisation ben on était, on était dans le pétrin quoi.
Producteur 2
       C'est l'avenir, ben oui, de là on ne partira pas, parce que, actuellement avec tout ce qui se passe, soit dans le marché commun, soit même dans la région, si on centralise pas, vous savez, c'est fini quoi, ah c'est obligé quoi !
Journaliste
       Après bien des voyages à l'étranger, vous revenez d'Amérique. Qu'est-ce qui vous a frappé en Amérique ?
Alexis Gourvennec
       Sur le plan économique, ce qui m'a le plus frappé aux USA, c'est le degré de concentration auquel ils sont parvenu, tant en matière de production agricole qu'en matière d'unité de transformation et de commercialisation des produits agricoles. C'est certainement l'élément prépondérant à l'heure actuelle de l'agriculture des États-Unis. Et c'est également ce qui explique pour une part leur prix de revient relativement bas par rapport à ceux de l'agriculture française.
Journaliste
       De cette concentration, de cette nécessité de commercialiser au mieux, s'est inspirée aussi l'utilisation des surplus et des retraits de marchandises en période de surproduction. Surgélation ou encore traitement à façon des fonds savoureux d'artichauts. Une conclusion bien sûr : Comment définir en un mot l'objectif de la SICA de Saint Pol de Léon ?
Alexis Gourvennec
       Sauvegarder dans le nord Finistère le maximum d'hommes dans les meilleures conditions de vie possible.







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