17 juillet 1797 : la Calliope coule au large de la pointe de la Torche

   La Calliope, une corvette française du XVIIème siècle
 Recherches en archives menées notamment par Patrick Legrand depuis les années 1980.



Ce à quoi devait sans doute ressembler La Calliope.
     

        Originellement nommée La Cornélie, La Calliope était une corvette gréée de 3 mâts construite en 1794 à Honfleur sous l'égide de P.A. Forfait. Elle mesurait environ 39 m de long pour 10 m de large et pouvait transporter 580 tonneaux. Armée de 32 canons disposés sur un seul pont, elle était manœuvrée par environ 225 hommes d'équipage.

        Dans la marine royale française, ces corvettes représentaient le chaînon manquant entre les petits navires de guerre et les frégates. Rapides et légères, elles pouvaient servir d'éclaireur, d'estafette, d'escorteur ou de patrouilleur. Leur coque en chêne était doublée de plaques de cuivre qui permettaient de limiter fortement les dégâts causés par les tarets et autres mollusques xylophages. Cette technique utilisée dès 1670 dans la Royal Navy, ne sera reprise qu'à partir de 1780 par la marine française.



        La Calliope demeure encore aujourd'hui un navire peu connue par les historiens. Néanmoins, une autre corvette Unité bénéficie d'une histoire hors du commun nous permettant d'en savoir un peu plus sur ce type de navire. Construite elle aussi en 1794 au Havre, l'Unité fût capturée par la marine britannique dès 1796 (!) par l'HMS Surprise. L'Unité se rendit célèbre en récupérant la frégate anglaise HMS Hermione dont l'équipage s'était mutiné et rendu aux Espagnols alors alliés de la toute jeune République française. Le romancier Patrick O'Brian s'inspira d'ailleurs de cet épisode pour écrire les aventures du capitaine Jack Aubrey, portées à l'écran dans Master and Commander, à l'autre bout du monde. Le navire utilisé par le film est la copie d'une frégate l'HMS Rose reconstruite au Canada dans les années 1970. Les studios la rachète et la transforme en corvette. Après la film, la reproduction devient une pièce majeure du musée naval de San Diego.

L'attaque britannique du 17 juillet 1797

        Le 16 juillet 1797, un convoi de 18 navires français se regroupe près de l'Île de Groix, afin de naviguer sous la protection de l'armée jusqu'à Brest. Assurant la protection du convoi avec ses 32 canons (avec d'autres bâtiments militaires), La Calliope arrive dans la soirée au large de la Pointe de Penmarc'h. Quand tout à coup, les guetteurs aperçoivent des voiles à l'horizon qui ne présageaient rien de bon. Il ne faut pas oublier, qu'en cette fin de XVIIIème, la marine d'Outre-Manche a déjà la pleine maîtrise des mers, si bien qu'elle n'hésite pas à venir accrocher la marine française directement aux abords de ses ports ! 


        Les voiles au loin ne sont autres que celles d'un escadron britannique composé de 3 frégates, d'un brick et d'un cotre (eng : cutter) soit plus de 140 canons ! Avec une puissance de feu nettement inférieure, les officiers français décident rapidement de faire demi-tour pour éviter la capture des navires et de leurs équipages. Sauf que La Calliope se trouvait en tête du cortège et elle était déjà bien engagée dans la baie d'Audierne. Le commandant, le lieutenant de vaisseau P.A. Deshayes réalise la situation, il ne lui sera pas possible de dégager à temps le navire, d'autant plus qu'il estime devoir protéger le convoi français se repliant. 


        Ultime solution, il ordonne à ses 220 hommes d'équipage de se rapprocher de l'estran en vue d'un échouage temporaire durant la nuit. Il espérait ainsi que les Anglais poursuivent leur route sans se préoccuper d'eux. Dans l'obscurité, ils sont d'ailleurs rejoints par la Freedom, une flûte capturée en 1796 à la Royal Navy. Mais dès l'aurore, les canons anglais font feu, seulement leurs tirants d'eau de ces lourds navires les empêchent de se rapprocher pour affiner leurs tirs. Vers 10 h 30, le Sylph, plus léger, mouille près de la côte et commence à pilonner la Calliope. Les ponts de la corvette française sont pulvérisés mais elle réplique vaillamment. Les combats acharnés durent jusqu'à 18 h et devant l'ampleur des dégâts et 1 mort, le lieutenant Deshayes donne l'ordre à son équipage d'abandonner la Calliope après y avoir mis le feu. La Freedom se saborde également. Les deux navires français coulent.



Épilogue :

        Dans le convoi défendu notamment par la Calliope, 7 navires sont tout de même capturés avec leurs marchandises, 2 autres sont coulés et 9 parviennent  à se réfugier de justesse dans les ports fortifiés de Concarneau ou de Lorient.


 



Les fortes tempêtes de 2014 désensablent partiellement l'épave de la Calliope.



        La protection des sédiments a permis à cette épave de traverser les siècles sans trop de dommage. L'état de conservation est exceptionnel, il reste plus de 2 m du fond de coque, ainsi que le pont inférieur. Une quinzaine de canons ont été répertoriés. Certains d'entre eux sont encore en position et dépassent de la coque, comme lors de la bataille. L'un des canons est d'ailleurs encore posé sur son affût de bois. Les pièces de bois qui composaient la structure du navire sont parfaitement identifiable et ont été épargné par les vers qui détruisent les vestiges d'une manière fulgurante. Certaines pièces architecturales, comme le safran, encore recouvert de sa protection de cuivre sont dignes de figurer dans un musée.




        Dans la baie d'Audierne, les tempêtes de l'hiver n'ont pas eu que des conséquences négatives, puisqu'elles ont découvert pour un temps des vestiges de notre passé maritime (surtout à proximité du littoral). La Calliope repose pas 7 m de profondeur, juste derrière les rouleaux de la plage de la Torche. Découverte dans les années 1980 par des plongeurs du Guilvinec, elle avait totalement disparue sous le sable de la baie depuis. En 2012, une fouille de l'épave avait été programmée puis abandonnée à cause d'une épaisseur de sable de près de 2 m au dessus des restes ! En 2015, de nombreuses plongées après les tempêtes auront au moins permis de cartographier, photographier et filmer l'épave. Mais déjà la nature reprend ses droits et le sable en constant mouvement commence à recouvrir la Calliope.



Pour aller plus loin :

ici : Ouest-France, La Torche. L'épave d'une corvette découverte grâce aux tempête, 08.09.2014. Article originel pour cet article.
ici, Le Télégramme, Épave : la Calliope sort des flots, 19.02.2014.

Deniau (A.), Pepy (B), Gourvil (E.), Trésors engloutis de Bretagne : de Brest à Lorient, Tome 1, Saint-Malo, Éditions Cristel, 2014.



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