27 septembre 1875 : mort d'une figure emblématique du roman maritime français

La figure du mousse, T. Rowlandson, 1799.



      Né à Brest à l'apogée de la Révolution française (1793), Édouard Corbière connaît rapidement une enfance précaire, car son père, capitaine d'artillerie de marine, meurt lorsqu'il n'a que neuf ans. Sans ressource, peinant à subvenir aux besoins de ses enfants, sa mère ne peut l'envoyer à l'école et à onze ans, le jeune Édouard est alors inscrit comme mousse dans un des navires du port. Sa bonne conduite, son zèle et ses aptitudes le font promptement nommer aspirant dès 1807. 





      Quatre ans plus tard, le navire de guerre sur lequel il sert est coulé par le brick anglais Scylla. Il figure parmi les rares survivants. Prisonnier en Angleterre (il n'a que 18 ans), il fera le dramatique récit de sa captivité dans Les pontons en Angleterre, inséré dans le Ier tome de la France maritime. Libéré, de retour à Brest, ce jeune homme prometteur ne peut cependant pas faire une brillante carrière dans la marine ; il est tout bonnement renvoyé, ses opinions étant jugées trop libérales [contexte "d'épuration" de la marine en 1816 (changement de régime oblige)]. Il prend alors la plume pour en faire une arme contre le pouvoir royal. Tour à tour ardent polémiste avec son recueil La Guêpe, ouvrage moral et littéraire, poète, auteur de pièces de théâtre, de satires politiques, il connaîtra plusieurs démêlés avec la justice du roi.

Profil en bronze d’Édouard Corbière, par le sculpteur David d'Angers, 1835.


      Après un séjour en prison, afin de gagner sa vie, il s'embarque sur la Nina, un navire de la marine marchande naviguant entre Le Havre et la Martinique. Lui l'aspirant renvoyé par la monarchie, il en est le capitaine jusqu'en 1828. Lors de la dernière traversée, il échappe de peu à un ouragan qui coule quelques navires croisant dans la zone des Antilles. Il décide de ne plus repartir et en remplacement, il se voit confier la rédaction du Journal du Havre, poste qu'il occupe pendant onze années. Il hisse de surcroît ce journal, au rang de référence en termes d'informations maritimes. Défenseur énergique et persistant des intérêts coloniaux, il prône aussi le développement d'une industrie maritime. C'est d'ailleurs grâce à lui et aux subventions qu'il encourage, que l'économie baleinière est lancée en France.


 
      Après la révolution de 1830, auréolé d'une certaine renommée, consulté pour son esprit fin, il se voit proposer un poste prestigieux au ministère de la marine. Il ne donne pas suite jugeant son indépendance trop précieuse.


     Mais le marin inspire toujours le journaliste et sous l'influence d'Eugène Sue (Kernock le pirate...), il décide de se consacrer au nouveau genre naissant en Europe : le roman maritime. Car Édouard Corbière est bien le père, certes oublié aujourd'hui, du roman d'aventure maritime en France (il inspirera notamment Jules Verne). Sa plus célèbre œuvre demeure Le Négrier. Le succès se renouvelle à chaque publication, mais il fait pourtant ses adieux à l'écriture avec une dernière aventure Cric-Crac (1846). 




      Parallèlement à ses travaux littéraires, Édouard Corbière fonde la Compagnie des paquebots à vapeur du Finistère afin de transporter voyageurs et marchandises entre Morlaix et Le Havre. En 1844, après son mariage, il se sédentarise d'ailleurs définitivement à Morlaix. Élu membre puis président de la Chambre de commerce, il consacre ainsi la fin de sa vie à la doter la ville, d'infrastructures "modernes" (réseau de gaz, ponts...) au sien du conseil municipal.

        En mars 1875, son fils aîné Tristan, le poète qui l'a presque totalement éclipsé, décède d'une maladie articulaire chronique à seulement 29 ans (Cf. ici). Dans l'incapacité de surmonter son deuil, Édouard Corbière s'éteint à son tour le 27 septembre a 82 ans. Marin, journaliste, écrivain, armateur, homme de convictions, au Havre, à Brest comme à Morlaix, sa mort est vécue comme une grande perte. Sa compagnie maritime lui survivra jusqu'en 1921.


L'Édouard Corbière qui relie la ville à Saint-Malo sort du bassin à flot de Morlaix.



Pour en savoir plus :

ici : 1er mars 2015 : mort de son fils, Tristan Corbière, le " poète maudit ".
ici, le texte complet Le Négrier, aventures de mer, Paris, 1834.
ici, une galerie au Royal Museums Greenwich des croquis de Thomas Rowlandson (auteur du mousse/cabin boy plus haut).
BERTHOU (J.), Édouard Corbière, père du roman maritime en France, catalogue de l'exposition présentée à Brest et à Morlaix en 1990, 65 p, Paris, 1990.
LEVOT (P.), Notice biographique sur Édouard Corbière, in Bulletin de la Société académique de Brest, Brest, T. IV, p. 220, 1876-1877.



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