Une plante tueuse de frelons asiatiques découverte à Nantes


C'est une bonne nouvelle pour les apiculteurs qui n'ont, pour le moment, aucun moyen efficace de lutter contre cet insecte invasif venu d'extrême-orient.


© Georges Gobet / AFP



INSECTICIDE. Voilà une découverte qui intéressera les scientifiques à la recherche d'une arme efficace pour lutter contre le frelon asiatique, un insecte arrivé sur le territoire français au début des années 2000 et rapidement devenu le fléau des apiculteurs. Cette découverte a été faite au Jardin des plantes de Nantes. Son directeur Romaric Perrocheau a ouvert au hasard l'une des feuilles au capuchon pourpre de la plante carnivore Sarracenia pour y découvrir un frelon asiatique ! Attiré par le nectar et les phéromones situés sur la lèvre de la plante, le frelon à pattes jaunes comme on l'appelle parfois plonge dans le long tube de la feuille, puis " perd pied, glisse dans le toboggan et resté piégé au fond où il est mangé par des sucs digestifs " explique M. Perrocheau à l'AFP.



        Observé pour la première fois en 2004 dans le Lot-et-Garonne, le frelon asiatique ou Vespa velutina nigrithorax, originaire de la région de Shanghaï (Chine), a colonisé depuis plus de 70% du territoire national, et a également essaimé " dans le nord du Portugal, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Belgique " selon Romaric Perrocheau.



      Les plantes sont installées depuis 2010 dans une tourbière d'environ 30 m2 du Jardin des plantes mais ce n'est qu'à l'automne 2014 qu'un jardinier botaniste, Christian Besson, s'est rendu compte que les frelons asiatiques étaient attirés par les sarracénies, en les trouvant " assez facilement dans les urnes " (c'est-à-dire les feuilles).


Un piège sélectif, pas une solution


        Le directeur décide alors d'étudier le contenu de 200 urnes avec un entomologiste du Muséum d'Histoire naturelle. Chacune contient " en moyenne trois frelons asiatiques et trois mouches, mais jamais aucune guêpe, aucune abeille, aucun frelon européen. " Ces plantes carnivores, originaires d'Amérique du Nord et qui n'ont donc "jamais vu de frelons avant " ont " inventé un piège très sélectif " selon lui. Avant de nuancer : " On est loin d'éradiquer les frelons asiatiques ". En effet, chaque plante présente " dix à quinze urnes et peut attirer jusqu'à 50 insectes. Un nid de frelons, c'est 4 000 individus ". "La découverte est intéressante, mais on ne sait pas pour l'instant si c'est une découverte majeure ou mineure ", tempère aussi Éric Darrouzet, enseignant-chercheur à l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (IRBI) de l'université de Tours, qui coordonne depuis 2011 des projets de recherche sur le frelon asiatique.






        Contacté par le Jardin des plantes, le biologiste et son équipe sont " en train d'examiner les molécules libérées dans l'atmosphère par la plante pour voir quelles odeurs attirent le frelon (...). Capturer ces molécules et les identifier au niveau chimique n'est pas un travail simple et peut prendre une semaine ou un an ". Le chercheur tourangeaux " espère " trouver dans la plante " une super molécule attractive " qui pourra être utilisée comme " appât " pour le prototype inédit de piège 100% sélectif qu'il teste actuellement et qui devrait être commercialisé dès 2016. La combinaison des deux pourrait à l'avenir être un système de lutte très efficace contre l'hyménoptère nuisible, alors qu'aucun moyen d'éradication n'a encore été trouvé contre lui. C'est un prédateur qui attaque tous les autres insectes, les ruches, mais aussi parfois l'homme Il est " capable de construire son nid n'importe où, dans des cavités souterraines, des buissons, au sommet d'arbres de plus de 30 m de haut, etc. On ne sait pas encore repérer les nids et les détruire ", ce qui explique en partie sa croissance exponentielle selon Éric Darrouzet. En attendant l'avancée des recherches scientifiques, la Sarracénia, facile à cultiver et ne présentant " aucun risque de propagation dans la nature ", peut être installée " sur des zones de protection, près des ruches ", note le directeur du Jardin des plantes.



Article de Sciences et Avenir, du 01.07.2015, à retrouver ici.



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