" L'Homme est un loup pour l'Homme "...

Lettre de dénonciation anonyme envoyée à la préfecture de Nantes et datée du 15 octobre 1940.

Rapide histoire des Juifs en Bretagne (la suite le 26.01.2016)

        Les Juifs n’ont jamais été très nombreux en Bretagne. La plus importante communauté est installée à Nantes. En 1240, le duc Jean 1er promulgue, sous la pression des évêques et des seigneurs locaux, une ordonnance contre les Juifs afin de les expulser de Bretagne (voir ici). En 1543, des Conversos (Marranes) portugais débarquent à Nantes, pour la première fois. Entre 1778 et 1785, la royauté française procède de nouveau à des expulsions.


         La situation n’évolue guère après, même après l’émancipation des Juifs au début du 19ème siècle. Le recensement de 1808 indique seulement 33 Juifs pour l’ensemble de la Bretagne ! Vers la fin de ce siècle, la communauté juive de Nantes atteint près de 200 personnes. Ailleurs, on ne peut parler de véritables communautés : le Morbihan, par exemple, abrite 23 Israélites, sur une population de 490.000 habitants.


Page 5 du tableau récapitulatif des rafles de Juifs en Loire-Inférieure en juillet 1942.
         



        Avec la débâcle de mai-juin 1940, la Bretagne va devenir un lieu de refuge important pour des centaines de milliers de personnes fuyant les zones de combat. A lui seul, le Morbihan accueillera plus de 144.000 réfugiés, venant pour la plupart du nord de la France, mais aussi de la région parisienne et même de Belgique. Parmi eux, de nombreuses personnes juives comme le docteur berlinois Fritz Weinmann, arrivé en juillet 1940 à Remungol (56) en compagnie de 200 autres réfugiés juifs. Il est accueilli par une habitante, Mélanie Le Gal, à qui il confie « Si les Allemands me prennent, je connais le sort qu’ils me réservent ! ». Car le médecin aurait déjà été interné, avant la guerre, dans un camp de concentration en Allemagne. Après plusieurs jours d’errance, Fritz Weinmann se donne la mort dans les landes du Bréguéro... .


        La dénonciation anonyme évoque le cas d'une femme travaillant dans une distillerie de Saint-Sébastien dans la banlieue de Nantes. Quelles ont été les conséquences de cette lettre malsaine rédigée par un " bon français " pour elle ? A-t-elle été identifiée puis déportée pour finalement figurer au nombre des victimes juives du nazisme ?




        Cette lettre de dénonciation date de 75 ans jour pour jour. Aujourd'hui est-ce que le climat politique, l'évolution des mentalités et de la société française n'engendreraient plus ce type d'actes haineux envers une personne musulmane, ou homo, ou catholique, ou déracinée de son pays, ou sans-abri, ou Roms, ou en situation de handicap ? 75 ans plus tard, une lettre de dénonciation anonyme ne se glisserait plus jamais dans le courrier adressé à la Préfecture de Loire Atlantique ?
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