Des Nobels à la plage

        Au début du siècle dernier, un groupe de professeur de la Sorbonne prend ses quartiers d’été à l’Arcouest, en Bretagne. Parmi eux, l’historien Charles Seignobos, Marie Curie, Jean Perrin ou le mathématicien Émile Borel. Édouard Launet avec Sorbonne plage revient sur cette villégiature toujours studieuse.



QUARTIER D’ÉTÉ
        L’Arcouest est un petit village des Côtes du Nord devenu célèbre en raison des éminentes personnalités qui venaient y passer leurs vacances au tout début du 20ème siècle. En tout ce sont pas moins de 4 prix Nobel qui sont allés se dorer la pilule sur les rivages de l’Arcouest. Figure de proue du mouvement, l’historien Charles Seignobos est vite rejoint par des célébrités comme Marie Curie et son mari Pierre, puis plus tard leur fille Irène Joliot-Curie, Jean Perrin, le peintre Charles Lapicque ou le mathématicien Émile Borel... Tous ces savants ont, outre l’amour de la science, des valeurs communes comme leur attachement à la laïcité, leur pacifisme et leurs prises de position en faveur du capitaine Alfred Dreyfus.

FORT LA SCIENCE
        Rapidement, autour de la demeure du « capitaine » Seignobos, plusieurs maisons se construisent. Chaque été, il accueille les arrivants et promène les dames sur son navire qu’il a baptisé l’Églantine, symbole de la ligue des droits de l’homme. Les enfants jouent ensemble et beaucoup de mariages auront lieu issus de ces rencontres estivales. Après la grande guerre, une nouvelle génération débarque dans ce que la presse de l’époque surnomme « Fort la science », parmi les personnalités les plus en vue de cette deuxième vague de scientifiques Irène Curie et Frédéric Joliot. Ce dernier, extérieur au groupe, ne tarde pas à s’intégrer à une communauté dont il partage les idéaux et les engagements : comité de vigilance des intellectuels antifascistes en 1934, soutien au Front populaire, aux républicains espagnols et enfin engagement dans la résistance.

        Chez ces hommes et femmes, une discipline domine : la physique nucléaire que les recherches de Jean Perrin, Marie et Irène Curie, Pierre Auger ou Frédéric Joliot ont largement contribué à faire progresser. Le grand public se passionne pour cette nouvelle science, principalement avant 1945 pour ses applications médicales ce qui contribue un peu plus au rayonnement de l’Arcouest. Plusieurs articles leur seront consacrés dans Vu et Match, les deux journaux phares de l'époque. Profitant de leur célébrité, les scientifiques œuvrent à l’établissement d’institutions scientifiques structurées en France, leurs efforts aboutiront à la création du CNRS et plus tard du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). En parallèle, ils désirent également rendre la science accessible au plus grand nombre et ils seront à l’origine du Palais de la découverte.
 
        Dans Sorbonne plage, Édouard Launet retrace la genèse et l'évolution de ces étés heureux et studieux et les met en parallèle avec le développement de la première bombe atomique, que tous ces savants par leurs travaux auront contribué à faire naître. Après la deuxième guerre mondiale, la communauté se reforme, sans les anciens Perrin et Seignobos, mais sans l’unanimité politique de l’entre-deux guerre. Malgré tout, ils restent attachés à l’idée que la science est un facteur de progrès pour l’humanité. Petit à petit les rendez-vous s’espacent mais aujourd’hui encore les descendants des familles perpétuent la tradition et l’on trouve toujours à l’Arcouest des Perrin, des Joliot ou des Lapicque.

Ignasse (J.), Des Nobels à la plage, Sciences et avenir, 07.08.2016. Consultable ici.

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