1991 : le dépôt d'hydrocarbures de Saint-Herblain est la proie des flammes

        Dans mes souvenirs d'enfant, je me souviens d'une épaisse fumée noire à l'horizon, fumée impressionnante découverte au matin, en pyjama devant les baies vitrées de notre appartement. Outre le nuage noir inquiétant, les explications de mes parents me reviennent également en mémoire.


Les installations de Saint-Herblain

        Le dépôt d'hydrocarbures, situé à l’ouest de l’agglomération nantaise sur la commune de Saint-Herblain, est exploité depuis 1978 par un groupement d’intérêt économique. D’une capacité totale de 80.000 m³, il est constitué de 11 réservoirs (super-carburant avec et sans plomb, gazole et FOD) de 1.500 à 15.000 m³. Il fait partie d’une série de dépôts alignée le long de la Loire sur environ 2 km. Les installations industrielles les plus proches sont à 400 m et les premières habitations à 1 km. La voie ferrée Nantes / Saint-Nazaire passe à 300 m. Le dépôt est ravitaillé à partir d’un appontement distant de 125 m. Les hydrocarbures sont transférés dans des camions-citernes par 4 îlots de chargement.

L'accident du 7 octobre

        D’ordinaire, le dépôt ouvre à 4 h ; 2 employés en assurent alors l’exploitation. Les premiers camions qui arrivent pour effectuer leur chargement peu avant l’heure d’ouverture, stationnent moteur en marche sur un parking-relais attenant.

        Le 7 octobre 1991 peu après 4 h : l’ouverture télécommandée de la vanne d’un bac contenant 4.525 m³ de super carburant sans plomb coïncide avec l’apparition dans ce secteur d’un nuage de vapeurs combustibles formant un brouillard blanc laiteux. Alertés par l’un des chauffeurs, les 2 employés accourent. 

4 h 20 : le brouillard se répand sur le parking. Le nuage s’allumera 20 min plus tard. L’explosion (U.V.C.E.) blesse mortellement un chauffeur et grièvement 2 employés. Ces derniers parviennent néanmoins à regagner le poste de contrôle, tentent en vain de refermer les vannes (le système de télécommande a été détruit par l’explosion) et ils donnent l’alerte vers 4h25. Un incendie se déclare alors.

4 h 35 : le Plan d’Opération Interne (POI) est déclenché. Les premiers secours arrivent 2 min plus tard, alertés par le Centre Opérationnel de la Direction de la Sécurité Civile 44 (CODISC) qui a perçu l’explosion. « Les pompiers sont partis avec ce message : un avion est tombé sur Saint-Herblain », raconte le colonel. Malgré la mise en place quasi immédiate d’un rideau d’eau entre les 2 réservoirs, le feu s’étend à un bac contenant 4.500 m³ de fioul domestique (FOD). D’épaisses fumées sont visibles à plusieurs dizaines de km. Mais, le débit d'eau disponible sur le réseau du dépôt n’est rapidement pas assez suffisant. Malgré l’arrivée des renforts en moyens de pompage traditionnels, les pompiers réalisent que les conditions d’attaque du feu ne pourront être réunies qu’avec l’appui d’un remorqueur équipé de moyens de pompage permettant de s’approvisionner directement dans la Loire.

4 h 56 : un remorqueur de Saint-Nazaire équipé d'une pompe de 12.000 l/min est dépêché sur les lieux. Avec l'effet de marnage, il arrivera à 9 h 55.

5 h 30 : sur zone, la chaleur est intense, les camions-citernes stationnés sur le parking sont éventrés et les flammes menacent des stockages voisins. Les pompiers essayent notamment de refroidir trois citernes de GPL, de super et de fioul à 30 m

10 h : les 195 pompiers présents disposent d’un débit d’eau de 28.000 l/min à travers 22 lignes soit une longueur totale cumulée de près de 10 km !

11 h 05 : l'attaque générale de l'incendie est lancée. La surface totale embrasée est alors de 6.560 m². L’extinction complète sera atteinte en 1 h 12 min.



Les conséquences...

        Les conséquences humaines de cet accident sont dramatiques avec le décès d’un chauffeur et de 2 employés gravement brûlés ; 3 autres chauffeurs sont légèrement blessés. L’explosion initiale provoque de graves dommages aux structures jusqu’à 100 m alentours et des bris de vitres jusqu’à 1 km (50 % à 700 m, 75 % à 320 m), soit un équivalent TNT de l’ordre de 1,8 à 3,6 t ! Deux bacs, 15 camions-citernes et la station de lavage, ainsi que 4 voitures sont détruits. Les bureaux sont endommagés et des canalisations sont déformées. Le souffle de l’explosion a couché par ailleurs la clôture. Le sinistre cause également de lourds dommages sur 3 réservoirs d’hydrocarbures voisins. Envahi par des hydrocarbures en phase liquide ou vapeur, le réseau privé de décantation et d’évacuation des eaux usées courant sous le site sera également le siège de violentes explosions secondaires qui détruiront regards et bouches d’égouts. Les hydrocarbures déversés, majoritairement de l’essence sans plomb, polluent le sol sur 7 m d’épaisseur, ainsi que la nappe phréatique. La quantité infiltrée est estimée à 500 m³ irrégulièrement répartie sur 20.000 m² de terrain. Les dommages matériels sur le site sont évalués à environ 24 millions d'€ (calcul avec l'inflation pour un équivalent en € de 2016).

        En utilisant les règles de cotation des 18 paramètres de l’échelle européenne des accidents industriels officialisée en février 1994 par le Comité des Autorités Compétentes des États membres pour l’application de la directive " SEVESO ", l’accident peut être caractérisé par les 4 indices suivants, compte-tenu des informations disponibles.


Source de cet article : Explosion suivie d'un incendie dans un dépôt d'hydrocarbures, rapport ici.



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