2015 : disparition du cinéaste breton René Vautier

        Résistant sous l'occupation, emprisonné pour son premier film, passé du côté du FLN pendant la guerre d'Algérie, membre du groupe Medvedkine après mai 1968, défenseur de l'autonomie bretonne, le cinéaste René Vautier est décédé le 4 janvier 2015 à Cancale. Il avait 86 ans.



        Né le 15 janvier 1928 à Camaret, dans le Finistère, ce fils d'ouvrier rejoint la Résistance en 1943. Après la guerre, il suit les cours de l'IDHEC et adhère au parti communiste. En 1950, la Ligue de l'enseignement le charge de réaliser un film sur l'éducation française en Afrique subsaharienne. R. Vautier détourne la commande et évoque une réalité méconnue : le travail forcé, les violences des autorités coloniales contre les populations entre la Côte d'Ivoire et le Mali. Le film qu'il rapporte, Afrique 50, est non seulement censuré (il le restera 40 ans !), mais vaut à son auteur une condamnation à 1 an de prison, exécutée dans les prisons militaires.

        Au moment du déclenchement du conflit algérien, René Vautier part pour l'Afrique du Nord, d'abord pour la Tunisie, où il tourne 2 courts métrages avant de gagner l'Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne 2  documentaires, Une nation, l'Algérie (aujourd'hui perdu) et L'Algérie en flammes. Cette collaboration lui vaut d'être poursuivi par les autorités françaises et René Vautier reste en exil jusqu'en 1966.

        Peu après son retour en France, il rejoint en 1967 le groupe Medvedkine formé à Besançon autour de Chris Marker. Cette coopérative destinée à donner une image cinématographique des luttes ouvrières inspire René Vautier qui s'établit en Bretagne où il fonde l'Unité de production cinématographique de Bretagne. C'est dans ce cadre qu'il produit ses 2 longs métrages de fiction Avoir vingt ans dans les Aurès et La Folle de Toujane (1973). D'Avoir vingt ans, Louis Marcorelles dira dans ces colonnes qu'il s'agit du « film le plus libre, le moins conformiste que nous ayons vu en France depuis longtemps ». Le cinéaste tourne aussi des documentaires sur les luttes ouvrières Quand tu disais Valéry (1975) ou Quand les Femmes ont pris la colère (1976) coréalisé avec sa compagne Soazig Chappedelaine.

        En 1972, René Vautier entre en grève de la faim après que le refus d'un visa d'exploitation pour le film Octobre à Paris, réalisé par Jacques Panijel après le massacre des manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961. Le cinéaste voulait enfin sortir le film à travers sa société de distribution, et ne cesse sa grève qu'après avoir reçu du ministre de la culture de l'époque, Jacques Duhamel, l'assurance que les critères politiques n'entreront plus en ligne de compte dans les décisions de la commission de contrôle cinématographique.

        L'UPCB ferme en 1981, faute de financement, mais René Vautier ne cesse pas pour autant de tourner, des films sur les essais nucléaires dans le Pacifique, sur l'immigration, sur la Résistance. En 1985, lors du procès qui oppose Le Canard enchaîné à Jean-Marie Le Pen au sujet des tortures infligées par ce dernier pendant la guerre d'Algérie, l'hebdomadaire produit le témoignage d'une des victimes du lieutenant Le Pen, Ali Rouchaï que le cinéaste a tourné à Alger. René Vautier est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont Caméra citoyenne - Mémoires, publié en 1988.

Source (ici) : Sotinel (T.), Mort de René Vautier, cinéaste combattant, Le Monde, 04/01/2015.



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