1800 : explosion de la tour des Espagnols.


        Transformée en poudrière à la fin des Guerres de Vendée, la tour des Espagnols du Château des ducs de Bretagne - nommée ainsi car elle avait jadis abrité des prisonniers originaires de la péninsule ibérique - explose suite à l'effondrement du plancher sur la réserve de munitions. En face, les maisons sont détruites, des milliers de vitres sont brisées, c'est la panique à Nantes qui compte alors 75.000 habitants. Entre 15 et 20.000 personnes vont même fuir à travers champs, craignant une nouvelle attaque des armées royalistes. En plus du choc psychologique, le bilan humain est lourd : résultant principalement des projections de gravats, 60 décès sont finalement dénombrés ainsi que 108 blessés. La femme du geôlier, la dénommée Lambert sera retrouvée 4 jours plus tard, vivante, sous les décombres. Un miracle ! Le récit d'un témoin de cette catastrophe :


        En ce [dimanche] 5 plairial 1800 (25 mai), il était midi cinq minutes et notre ville avait son mouvement habituel. Tout à coup, un bruit horrible se fait entendre... L'une des tours du Château venait de sauter avec un fracas épouvantable. Les murs du pied de la tour, malgré leur énorme épaisseur, furent jetés sur la contrescarpe. Ceux latéraux de la tour étaient moins épais et s'ouvrirent pour donner passage aux projectiles ; enfin, pour la grande partie de ce qui se trouvait au-dessus du foyer de l'explosion, la tour fit l'effet d'un canon de fusil, et tous ces débris furent lancés dans l'air à une très-grande hauteur.

Gravure de l'explosion de la tour des Espagnols. Archives municipales de Nantes.

        Un cri de terreur s'élève de tous côtés : l'épouvante est générale, et tous les habitants se précipitent hors de leurs maisons. Avec la rapidité de l'éclair, le bruit se répand que le Château a fait explosion, et sous l'influence de la frayeur, plus de 20 à 25.000 personnes fuient vers les barrières. Un nuage affreux par son épaisse et profonde noirceur marque le lieu du désastre... On craint un incendie, et la consternation redouble à la pensée que cet incendie peut facilement gagner le grand magasin à poudre, qui, heureusement, n'a point été atteint. Cependant, la générale est battue ; en un moment la garde nationale, la troupe de ligne et la gendarmerie sont sur pied. [...] Les pompiers sont à leurs postes et montrent un zèle admirable ; les canonniers de la garde nationale, les artilleurs et les ouvriers militaires du Château les secondent avec la plus grande énergie.

Maquette reconstituant l'explosion de 1800.

        Peu à peu l'ordre s'établit, et les travaux s'organisent et commencent sous les ordres de M. Robineau, ingénieur en chef, qui donne l'exemple et en impose à tous par son courage et son sang-froid. M. Dedon, chargé de la direction du Château, est, de son côté, à la tête des travailleurs ; enfin, le général Gilibert, commandant de la place et ses adjudants, donnent également l'impulsion. A l'aide de tous ces efforts, on se rassure et l'on parvient à conjurer le danger qui menaçait l'arsenal et la ville.
Mais quelle était la cause d'un aussi affreux événement ?

J.C. Renoul, Explosion de la poudrière du château de Nantes, Nantes, 1857.

Le Château des ducs de Bretagne en 1600, la tour des Espagnols est en 15 !

Pour en savoir plus :
ici : Pajot (S.), La stupéfiante lettre de mai 1800, Presse Océan, 24.08.2008.



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