1863 : naissance à Lannion de l'académicien Charles Le Goffic


C. Le Goffic en tenue d'académicien.
         Malgré la mort, lorsqu'il avait 1 an, de son père, libraire imprimeur, Charles Le Goffic hérite de son goût prononcé des lettres, si bien qu'une fois agrégé, il enseigne la littérature à Gap, Évreux, Nevers, puis au Havre. Il s'essaye ensuite au journalisme et, en 1886, fonde en compagnie du nationaliste Maurice Barrès une revue littéraire : Les Chroniques. Il collabore également à la Revue d'Action française. Régionaliste, traditionaliste réactionnaire, il se retrouve en effet dans la pensée de Charles Maurras, idéologue du nationaliste intégral, également homme de lettre, journaliste et homme politique de L'Action française. Poète, homme de théâtre, critique littéraire, C. Le Goffic est l'auteur d'études critiques sur Racine, La Versification et la Littérature du XIXème siècle, et sur Les Poètes de la mer.

        Amoureux de sa Bretagne natale, il la célèbre à travers toute son œuvre poétique : Amour breton, Le Pardon de la reine Anne, Morgane, Passions celtes, Le Pirate de l’île Lern, L’Abbesse de Guérande, L’Illustre Bobinet, Les Contes de l’Armor et de l’Argoat, Quelques ombres, Brocéliande. Il parle couramment le breton mais se refuse catégoriquement à l'écrire par vanité et dédain vis à vis des brittophones, à l'époque majoritairement paysans et ruraux. Après quatre tentatives infructueuses, il est élu à l'Académie française le 22 mai 1930, comme Charles Maurras huit ans plus tard. Henry Bordeaux, qui le reçut le 4 juin 1931, l’accueille par ses mots : " Toute la Bretagne veut entrer ici avec vous ". Fatigué par ses nouvelles obligations officielles, l'homme de lettres breton ne survit que quelques mois à sa réception officielle ; il meurt dans sa ville natale le 12 février 1932.
Audierne lundi soir, 22 décembre

       Qu’il mérite bien son lugubre nom celtique de kerzu – " le très sombre " – ce mois de décembre qui n’a été sur la côte bretonne qu’une succession de sinistres : soixante bateaux perdus corps et biens au Guilvinec ; Penmarch coupé de la terre ferme ; la jetée de la Croix, à Concarneau, rasée sur une longueur de trente mètres ; l’île Tudy à moitié engloutie sous les lames ; Morgat, Saint-Nic-Pentrez, le Conquet, violemment éprouvés ; la mer, de Saint-Malo à Nantes, noire d’épaves !… Et tout cela n’est qu’un jeu, dit-on, au regard de ce qui s’est passé à Sein. L’après-midi du 4, un raz de marée aurait couvert l’île, noyé les terres, éteint le phare, démoli vingt-deux maisons. L’île, menacée de mourir de faim, est restée seize jours sans communication avec le continent. Les journaux sont pleins de détails sur ce sinistre qui excède en horreur tous les autres…
      Audierne est le point du continent d’où l’on peut le plus aisément gagner Sein. Deux fois par semaine, – sur le papier, – un bateau-poste fait le service d’Audierne à l’île et de l’île à Audierne. Renseignements pris, la poste appareille mardi prochain à la première heure. Je n’ai que le temps de boucler ma valise : il faut un jour plein pour se rendre de Paris à Audierne. Parti le dimanche dans la nuit, j’arrive à 7 heures du soir le lendemain à Douarnenez. Là changement de ligne : on prend le « tortillard » qui souffle, fume, ahane, jusqu’à Pont-Croix. Puis la voie longe la rive droite du Goayen en direction d’Audierne. C’est jusant ; la nuit est sans lune, mais étoilée, et la rivière élargie luit d’une clarté mystérieuse entre ses berges d’ombre. Nous doublons des barques qui descendent au fil de l’eau. Toutes noires sur l’argent du fleuve, silencieuses et lentes, elles ont l’air de ces barques funèbres dont parle Procope et qui, sur ces mêmes rivages, il y a treize cents ans, faisaient de nuit la traversée du continent aux îles pour y déposer leur cargaison d’âmes. Le train siffle au disque ; sa grosse sirène huhule plaintivement dans la vallée ; des lumières tremblotent : Audierne. Tout le monde descend. Un ami que j’ai prévenu, Yves Gauthier, m’attend à la gare et c’est pour m’annoncer que le bateau-poste, qui devait quitter l’île ce matin, a été retenu par le mauvais temps. On pense qu’il arrivera demain au petit jour et repartira dans la soirée. Nous suivons les quais, déserts à cette heure. Audierne n’a pas encore de réverbères ; mais la nuit est claire ; les barques de pêche dorment dans le port ; à l’extrémité de la jetée, un phare, toutes les cinq secondes, timbre la mer de son cachet rouge…
     Introduction de : Quatre jours à l’île de Sein, parue dans La Revue bleue, Paris, 1896

Pour aller plus loin :

ici : " Poésies complètes " de Charles Le Goffic, Daskor, le site de la littérature bretonne.
ici : Notice biographique de Charles Le Goffic, Académie Française.


0