Evasion portuaire.


Œuvre du rennais Jean Nicolas Gaillard exposée jusqu'au 24.11.2012 à la Galerie Arts Pluriels, rue Fénelon, Nantes.

     Telle une araignée entre deux fleurs d'hortensia, les amarres des bateaux ont tissé une toile de cordes résonnant par intervalles réguliers contre la coque ocre des mastodontes marins. Au loin et ensoleillée, une colline sans épineux laisse glisser une brume diffuse, brume humide, brume légère recouvrant progressivement la vallée portuaire en contrebas. En activité journalière, fourmillant de curieux venant observer les manœuvres ou fantôme et cimetière marin que peut-être la quotidien de ce port ? Peu importe, les navires tanguent inlassablement au gré des remous et dans un fin chuchotement de l'eau engloutie sous les bulbes apparents complètent le son des vaguelettes se brisant le long des quais désertés. Car en relevant la tête, aucun promeneur n'admire désormais le va et vient des portiques déchargeant les conteneurs, aucun camion n'attend pour désemplir les cales, plus aucune famille n'attend avec impatience le retour des siens. La joie de poser de nouveau le pied sur la terre ferme s'est également évanouie. Seuls semblent subsister, les rails un instant incurvées, un temps linaires pour des wagons absents eux-aussi. Où sont passés les dockers, les matelots et officiers de pont ? Depuis combien de temps les passerelles n'ont plus été arrimées, les ponts-arrières abaissés ? Et que penser de l'odeur écœurante du carburant qui n'inonde plus les narines, du géant marin en arrière-plan qui ne crache pas cette épaisse fumée noirâtre. Les moteurs ne sont pas relancés en signe d'un départ imminent et aucune sirène ne résonne soudainement. Combien de milles parcourus, de tempêtes essuyées pour se transformer finalement en colosse rouillé, en squelette désossé.


E.M

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