Article de Philippe Argouarch (ici), reporter multi-média ABP pour la Cornouaille, publié dans l'Agence Bretagne Presse sous le titre :
Yann Brékilien, une tombe anonyme à Kerfeunteun... pourquoi pas une fosse commune ?
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Yann Brékilien : une tombe anonyme et misérable. |
Aucune pierre tombale, aucune dalle, aucune inscription, même pas un
nom... La tombe de Yann Brekilien est tout à fait anonyme dans le
cimetière de Stang Vihan à Kerfeunteun dans les faubourgs de Quimper.
Pour la trouver il vous faudra demander au gardien qui ne la connaît que
sous le nom de la tombe du Druide.
La tombe est à
peine entretenue, juste garnie de discrets petits plants de fleurs
clairsemés et de deux pommes de pins en voie de décomposition.
Personne ne sait qu'est enterré là un grand patriote breton, héros de
la résistance et écrivain, auteur de 47 livres - tous sur la
Bretagne ou le monde celtique - sans compter ceux écrits avec un
collectif comme La Bretagne avec Bernard Le Nail et d'autres.
Yann Brekilien a marqué les lettres bretonnes de sa personnalité se
faisant un nom, dès 1966, avec son ouvrage La vie quotidienne des paysans en Bretagne au XIXe siècle . Éditions Hachette. (Prix Bretagne).
Yann
Brekilien, de son vrai nom Jean Sicard, était né à Paris en 1920
d'une famille originaire de Blain. Il est décédé en 2009 à Quimper.
Déjà, son décès était passé presque inaperçu. Un défenseur de l'identité
bretonne qui était aussi un grand résistant, ça dérangeait un peu
l'image qu'on essayait de présenter depuis 50 ans. La PQR n'en a pas
parlé.
Yann Brekilien fut un grand résistant ayant survécu à
trois réseaux différents, à Paris et ensuite en Bretagne. De plus, Il
est un des rares juges ou avocats entrés en résistance. L'ensemble de
la justice française ayant été légaliste. Sous Vichy, la justice a
envoyé les résistants au peloton d'exécution ou à la guillotine. Les
juges faisaient le travail des Allemands. Les faits sont là et la tâche
sur les hermines blanches de la magistrature y est indélébile. Rien ne
pourra l'effacer. En 1941, Yann fonde un journal clandestin avec
les frères Dupouy et les fils du bâtonnier corse Arrighi à Paris, qui
tous deux seront déportés. Le réseau devient au début 1943 : Ceux de la Résistance (CDLR) ici. Jeune marié, il part en Bretagne fin 1943, pour échapper au S.T.O.
Il se cache aux environs de Guemene-Penfao (Loire-Atlantique) et d'Elliant sous le nom de
Jean-Marie Le Gouez avec une activité d'artiste-peintre. Il rejoint
ensuite le maquis du Rohantic suite à des arrestations à Paris qui
risquent de le mettre en danger (celle de Pierre Arrighi en particulier
fin octobre 1943). Le 15 juin 1944, les Allemands découvrent
l'emplacement du maquis après avoir torturé à mort deux membres du
groupe qu'ils avaient surpris lors d'une patrouille. Insuffisamment
armés, les maquisards auraient été anéantis si quelqu'un ne les avait
pas prévenus quelques minutes avant l'assaut. La moitié périrent et les
fermes alentour furent brûlées en représailles. Il est un des rares
survivants du massacre. La moitié de ses camarades seront tués ou
exécutés. A noter que Ouest-France a fait un article récent sur ce
maquis sans même mentionner le nom de Yann Brekilien (l'article ici). Durant
l'été 1944, Yann Brekilien participera
avec les Américains à la libération de la péninsule bretonne. Jean Sicard a mis
sa vie en jeu, il méritait mieux qu'une tombe anonyme, rien que pour ça,
mais il a fait beaucoup plus pour la Bretagne.
Après la guerre,
il poursuit une carrière de magistrat occupant divers postes. Il fut
avocat à Saint-Nazaire et à Lorient, puis juge de paix à Concarneau,
Rosporden, Bannalec, Quimper pour finir vice-président du Tribunal de
Grande Instance (TGI) de Vannes de 1975 à 1980.
Yann Brekilien a été un ardent défenseur de la culture bretonne. Il fut président fondateur du cercle celtique Ar Vro Wenn de La Baule. Pendant 10 ans, il a dirigé la revue Breiz, organe de la confédération Kendalc'h. En 1978, il a créé l'Association des écrivains bretons (voir le site). Il était aussi membre du comité de rédaction d'«Armor Magazine» . Président, puis administrateur de Coop Breizh. Passionné d'histoire, il a publié une « Histoire européenne de l'Europe », (1965) et une « Histoire de la Bretagne », (1977) plusieurs fois rééditée. Yann Brekilien a aussi écrit plusieurs ouvrages sur les druides dont « La Mythologie celtique ». Il était membre du « Gorsedd des druides, bardes et ovates de Bretagne ».
Les Druides s'étaient présentés à l'église de Kerfeunteun lors de ses
obsèques il y a 4 ans mais ils durent rester à la porte ainsi que le
gwenn ha du, rapporta un témoin.
Un des neuf enfants a déclaré à ABP que rien ne pouvait être fait sans l'accord de madame Denise Sicard, la veuve de Yann Brekilien, qui est propriétaire de la tombe.
Un des neuf enfants a déclaré à ABP que rien ne pouvait être fait sans l'accord de madame Denise Sicard, la veuve de Yann Brekilien, qui est propriétaire de la tombe.
Philippe Argouarch
Le portrait en images de Yann Brekilien :
H.M
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