Marion du Faouët (1717-1755)

     De Robin des Bois à Jessie James, chaque époque, chaque pays entretient le souvenir de son "brigand bien-aimé". Le 6 mai 1717, naît dans le petit hameau misérable de Porz-en-Haie à quelques lieux du Faouët (nord-Morbihan), Marie-Louise Tromel. Son père, Félicien Tromel est ouvrier agricole : il loue ses bras à la journée pour un salaire misérable. Marie Louise connait donc très tôt la pauvreté. Elle apprend à mendier, activité courante en Bretagne et dans la France de Louis XV. Elle accompagne sa mère qui, entre deux maternités, parcourt les villages, les foires, les pardons pour essayer de placer quelques menus objets de mercerie.

     Depuis Louis XIV, la province bretonne connait des crises économiques et démographiques importantes. Les mauvaises récoltes enchainent disette et flambée des prix. La misère se répercute sur l’état physiologique des populations. 
"[...] dans la région de Landerneau, 89 % des hommes qui tirent au sort pour entrer dans les milices sont déclarés inaptes parce que trop chétifs." PERREON Stéphane, L'armée en Bretagne au XVIIIe siècle, Rennes, 2005.

     La petite Marie Louise Tromel prend conscience très tôt de cette fatalité. Elle se jure qu’elle ne connaîtra pas cette vie de misère et elle aide parfois le destin en volant aux étals ou en délestant quelques bourgeois d’une bourse trop visible.

Complainte de Marion du Faouët par le groupe nantais Tri Yann.



Gravure du XVIIIe en Basse-Bretagne.
     En 1735, elle rencontre Henry Pezron que l’on surnomme Hanvigen. Il deviendra le principal compagnon, l’amant préféré (elle n’est pas exclusive, signe d'une grande ouverture d'esprit pour l'époque !). L’année suivante, elle accouche de son premier enfant, et c’est dans ces temps-là entre 1736 et 1740, que se constitue vraiment la bande de Marion que l’on appelle aussi Finefond ("celle qui est fine et rusée"). L’arme préférée de Marion, c’est le bâton. Elle en joue avec dextérité. Marion est une voleuse mais elle a du cœur : pendant la grande famine de 1740 à 1741, qui frappe les campagnes de Bretagne, elle cède une grande partie de son butin aux plus démunis.

      En 1743, Henry Pezron est arrêté, Marion se charge de le faire évader après quelques mois de prison. La bande reprend ses activités et se renforce, comptant jusqu’à 80 affidés. La région desservit s'agrandit également : on a une trace d'eux de Vannes à Quimper, dans la région de Carhaix et celle de Ploemeur. Mais la renommée de la troupe Finefond finit par inquiéter les autorités et la traque s’organise. 

     En 1746, Marion et Henry sont arrêtés dans la région de Ploerdut. Les 4 brigands sont condamnés à être pendus toutefois ils sont transférés à Rennes pour un second procès. Afin de sauver Marion dit du Faouët, Hanvigen s'accuse de toutes les activités de la bande. Il est pendu le 28 mars 1747. Marion échappe à la corde mais est malgré tout fouettée nue en place publique et marquée au fer rouge du "V" des voleurs. En plus de cela, elle a interdiction de séjour dans son pays du Faouët. C'est l'affront de trop !

Marion du Faouët par Les Rives, 2010.

     Elle y retourne sans tarder et retrouve une bonne partie de sa bande. Les affaires reprennent pendant 7 ans jusqu'en 1747, sauf que Marion n'est plus la même depuis la mort d'Hanvigen. En 1747, pour la première fois, le sang coule : un bourgeois meurt. Le soutien populaire s'effrite légèrement, le clergé ne la soutient plus. En 1748, enceinte, Marion est arrêtée à Auray. Les juges de Vannes sont cléments et tout d'abord la relâchent. Mais la justice ne la lâche plus et elle doit aller de cachette en cachette. Jusqu'en 1752, elle connaitra nombres de prisons, elle s'évade d'ailleurs de celle de Quimper.
     A l'image du marquis de Pontkalleg quelques décennies plus tôt (voir article du 26 mars), c’est finalement à Nantes qu’elle est arrêtée en 1755, pour délit de vagabondage puis reconnue. Transférée à Quimper elle est torturée, puis jugée pour de nombreux chefs d’accusations. La sentence est prévisible, elle est condamnée à mort. 

     A 38 ans, Marion du Faouët est pendue sur la place publique de Saint Corentin à Quimper. Elle entre dans la légende au même titre que d’autres grands bandits de grand chemin, tels Mandrin ou Cartouche.



Bibliographie et références :

CHARTIER E., « Flamboyante Marion du Faouët » in. Drames bretons. Des crimes et catastrophes qui ont marqué l'histoire de Bretagne, Guengat, 2003, p. 86-93.
JAMOUL J.L., Histoires criminelles de Bretagne, Paris, 1980, [p. 201-209].
LOREDAN J., La grande misère et les voleurs au XVIIIe siècle. Marion du Faouët et ses « associés », 1740-1770, édition enrichie de nombreux documents inédits ainsi que des travaux de Catherine BORGELLA, des légendes collectées par L. FORLOT, R. BOUËXEL et J-L. CARRIO, Le Faouët, 1995, 328p. (première édition en 1909).
Deux héros de Bretagne. Le marquis de Pontcallec et Marion du Faouët, histoire et mémoires. Mémoire de Master 2, Sous la direction de Gauthier AUBERT, Soutenu en septembre 2009

Pour les bretonnants :
DOUJET D., « Marionnig ar Faoued » in Bremañ, n° 182, 1996, p. 1-20.

Son et images :
Marion du Faouët, film de Michel Favart datant de 1996-1997.
Marionig, album Esmerald d'Alan Stivell, 2009.
BORGHELLA C., « Marion du Faouët », Histoires possibles et impossibles, France Inter, émission du 27/02/2000.


E.M

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