Le Folgoët (1/3) : la basilique Notre-Dame

        Par une météorologie absolument radieuse, nous décidons de nous rendre au Folgoët, commune de 3.200 habitants au nord-est de Brest. Lesneven, Le Drennec sont tout proches ; en route, nous croisons d'ailleurs le cortège du président du Sénat, en visite dans une exploitation porcine. Arrivés sur place, les nuages menaçants sont indulgents et nous épargnent les giboulées de la matinée.


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        La ville n'est pas très active en ce mercredi d'août, le bar-traiteur, en pierres de Kersanton par endroit recouvertes d'un badigeon blanc vieillissant, de la grande place  affiche des horaires contraignants. Consommer un bon verre de Pommeau de Bretagne n'y serait guère possible en soirée que sur réservation. La banderole invitant à la fête de la commune et annonçant par la même occasion " moules frites à vol ... " trainait par terre quand elle n'était pas prise de soubresauts avec les quelques rafales du jour. En dehors du voisinage proche du monument historique emblématique de la ville - que j'évoquerai ci-dessous - la déshérence ..., presque aucun passant ! Les voitures des locaux se rendent bien au supermarché à deux rues, à la jardinerie ou à la station essence. Seuls des touristes dont un couple de hollandaises ou de flamandes et une famille circulent dans le quartier. Famille nombreuse de têtes blondes que nous retrouverons d'ailleurs par hasard le lendemain dans les rues de Landerneau.


Le parvis de Notre-Dame du Folgoët.
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        La Basilique Notre-Dame du Folgoët, fleuron gothique de la ville et plus ancienne basilique de Bretagne, est inaugurée en 1423 par le duc Jean V le Sage (selon le vœu de son père). Ce qui frappe immédiatement, c'est l’asymétrie et l'irrégularité de l'ensemble : le transept n'est accompagné que d'un seul bras, les travées de la nef ne sont pas bâties sur des colonnes identiques. Et puis, les tours, l'une est coiffée d'une élancée flèche octogonale à crochets culminant à 53 m, l'autre plus massive, à contreforts et percée de quatre baies sobres. Un plan permet, dès le premier coup d’œil, de percevoir la singularité de l'édifice.

Basilique Notre-Dame du Folgoët avec sa forme inhabituelle en équerre.


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La façade méridionale.
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Avec son bâton, le fameux Salaün Ar Foll.
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        La légende chrétienne explique la création d'un lieu de culte à cet endroit à travers la personnalité d'un dénommé Salaün ar Foll (photo ci-dessus). Considéré comme un simple-d'esprit, Salaün (que l'on prononce " Salin ") vivait dans les bois environnants Lesneven, au creux d'un chêne. Il ne connaissait que quelques mots et mendiait son pain en murmurant notamment en oraison continuelle " Itron Gwerc'hez Vari " (Dame Vierge Marie). Vers 1358, âgé de 48 ans, l'homme décède dans l'indifférence générale. Sauf qu'un lys vient rapidement à pousser sur sa tombe dont le pistil dessine en lettres d'or un " Ave Maria ". Intrigué devant ce miracle, la population ouvre sa tombe en creusant la terre ; à la surprise de tous les curieux, ils constatent que la plante prend racine dans la bouche même de Salaün. De pays en pays, la nouvelle du miracle fait le tour du duché alors déchirée par la guerre civile (Guerre de succession de Bretagne, 1341-1364).


        Jean de Monfort (le futur Jean IV), un des prétendants au duché, fait alors vœu qu'en cas de victoire de son camp, il élèverait une somptueuse chapelle en l'honneur de la Vierge. Et puis, le miracle attire déjà les foules, si bien que l'habituelle " économie du miracle " débute. Au delà du symbole religieux, le duc y voit aussi un intérêt financier. Après sa victoire à la bataille d'Auray (1364), la construction est aussitôt lancée, l'autel sera placé à l'emplacement de la sépulture de Salaün Ar Foll. Stoppée à de nombreuses reprises, la construction ne sera finalement achevée par son fils qu'au début du XVème siècle. C'est ainsi que le mendiant Salaün, le fou du bois serait à l'origine de Notre-Dame du Folgoët et du nom de la commune actuelle (Folgoët ou en breton Fol ar c'hoad signifie bois du fou).



        La statuaire extérieure mérite à mon sens un détour. Tous les personnages sculptés ne sont pas des clercs, une Vierge est représentée couchée, détail inhabituel dans l'art occidental. Enfin, le visiteur s'aperçoit également que la plupart des statues à caractère religieux ont à un moment donné perdu leur tête ; en effet, il faut savoir qu'à la Révolution, elles ont été décapitées par les Bleus après le saccage de la basilique. D'ailleurs, afin de la sauver des pioches des démolisseurs, des métayers aisés s'organisent et rassemblent les fonds nécessaires à son acquisition, tout en conservant secrètement les têtes des apôtres et de toutes les statues étêtées !



Un évêque.
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A gauche, la figure du " riche ".
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Un dragon.
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Le chevalier triomphant du mal.
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        L'intérieur de la basilique abrite un joyau unique en Bretagne, un jubé en pierre (de Kersanton), le seul dans la région. Feuilles, fleurs, insectes, petits animaux ... sont finement sculptés et donnent à l'ensemble une impression de légèreté malgré quelques étrangetés et maladresses dans la réalisation.


Vue de la nef et du jubé en Kersanton.
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Détail du jubé.
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        Pour en revenir à l'extérieur au moment où débute une nouvelle giboulée, je ne crois pas avoir déjà admiré un jour, une source miraculeuse et son élégante fontaine à arcade flamboyante, accolées au mur du chevet d'un lieu de culte ! Cet élément architectural de la basilique Notre-Dame du Folgoët restera pour moi le plus spectaculaire.


La fontaine de la source miraculeuse où buvait Salaün.
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L'arrière de la basilique, avec derrière le mur, la fontaine.
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A suivre :

ici : Le Folgoët (2/3) : hier et aujourd'hui.
Le Folgoët (3/3) : le Doyenné.


Pour aller plus loin :

Dilasser (M.), (dir.), Patrimoine religieux de Bretagne Histoire et inventaire, Le Télégramme, Brest, 2006, 381 p.
Leroy (C.), De La Rivière (D.), Cathédrales et basiliques de Bretagne, Paris, 2009, 207 p.
Guillouët (J.M.), Le Folgoët, collégiale Notre-Dame, Société Française d'Archéologie, Congrès Archéologique de France, Monuments du Finistère, Paris, 2009, 371 p.
ici, Vidéo du pardon de 2014.


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