La peur dans les villes bretonnes au XVème siècle.

La peur sur le visage Du Désespéré de G. Courbet.

        Les villes bretonnes au XVème siècle ont subi une conjonction de calamités naturelles, d’épidémies à répétition, de conflits armés et de violences collectives et individuelles. Les récits des témoins, les enquêtes, les extraits de comptes municipaux ou seigneuriaux révèlent les traumatismes engendrés par ces crises. Les réactions sont souvent contradictoires, découragement, fuite ou agressivité. Quelques solutions annoncent toutefois un changement de mentalité, perceptible dans la prise de conscience du danger de contagion, dans la nécessité d’améliorer l’hygiène et dans les premières mesures prophylactiques.

Fear in towns of Brittany in the 15th century  
        The Breton towns in the 15th century have suffered from a conjonction of natural calamities, repetitive epidemics, armed conflicts and individual and collective violence. Witnesses’ accounts, inquiries, extracts from local or seigniorial counts reveal the traumatisms engendered by those crisis. The reactions are often contradictory, discouragement, flight or agressivity. Some solutions however announce that mentalities are changing, with the awareness of contagion’s danger, the necessity of improving hygiene and the first measures for disease prevention.


Leguay Jean-Pierre, La peur dans les villes bretonnes au XVème siècle, in Histoire urbaine n° 2, p. 73-93, 2000.


        La peur, sous ses multiples facettes, est un sentiment bien partagé par toutes les couches de la population de la Bretagne médiévale à la fin du Moyen Âge. Le duché, cadre géographique et historique de cette étude, ne se démarque pas des autres parties du royaume de France et des États voisins. Des fléaux naturels, des épidémies répétitives, des guerres ou des courses de routiers et de brigands constituent une menace permanente, dont nous mesurons l’intensité et les conséquences dans un réseau d’une trentaine de villes de toute dimension. 

        Les sources d’information ne font pas défaut, mais sont très dispersées. Les narrations des chroniqueurs sont utilement complétées par des extraits de comptes municipaux (Guingamp, Nantes, Rennes, Vitré), des archives seigneuriales (Guingamp, Moncontour, Quintin), ecclésiastiques, par des enquêtes fiscales, des justifications de réductions de fermes ou rabatz à la suite d’un désastre, des mesures prises par les ducs, les seigneurs ou les responsables de communautés urbaines appelés procureurs des bourgeois, contrôleurs, miseurs (comptables).

        Cette évocation de la peur nous conduira, après un examen des différents épisodes dramatiques, à étudier les réactions immédiates d’une population traumatisée et les solutions apportées par les autorités politiques.

La peste d'Elliant de Louis Duveau, 1849, Musée des Beaux-arts de Quimper.

Plan de l'article


Le déchainement de forces de la nature
Accidents et maladies
La peur des autres

Des victimes traumatisées
Des attitudes contradictoires
La mortalité fut " merveilleuse " 
 
Un début de prise de conscience
Du mauvais air au risque de contagion
Des services d'information et de surveillance
Une prophylaxie limitée


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