1505 : entrée d'Anne de Bretagne à Paris.

510 ans ont passé. 


        Le 19 novembre 1505, Anne de Bretagne, déjà reine de France avec le précédent roi (Charles VIII), fait son entrée royale à Paris. 

Anne de Bretagne, Nantes.





" Ladite dame arriva à la porte Saint-Denis, environ midi, sur laquelle porte y avoit un beau et riche mystère d’un grand cœur, représentant le cœur de Paris, auquel y avoit deux personnages, Loyauté et Honneur ; et étoit ledit cœur soutenu par trois personnages, Justice, Clergé et Commun.  " [...] " A la fontaine du Ponceau, y avoit la représentation d’un petit enfant nud, de la hauteur de deux pieds ou environ, richement peint, par lequel couloit ladite fontaine. " [...] " A la vieille porte Saint-Denis, y avoit un autre mystère des cinq Annes, qui sont trouvées dans l’ancien Testament, avec lesquelles on ajoutoit Anne, noble reine de France, pour les vertus et biens qui sont en elle [...] "
FELIBIEN (M.), Histoire de la ville de Paris, Paris, 1725.





        Depuis le XIVème siècle, l'entrée royale à Paris devient un évènement politique et culturel incontournable dans la propagande de la monarchie. L'entrée royale s'est progressivement muée en spectacle où rois et reines sont célébrés à la hauteur de la Fête-Dieu. Des étapes du cérémonial ont bientôt été minutieusement détaillées : d'abord chronologiquement, elle succédait généralement au sacre du souverain ou au couronnement de la reine à Saint-Denis. Ensuite ledit jour, des représentants de fonctionnaires et de bourgeois parisiens prenaient place à la Sainte-Chapelle afin de recevoir les souverains. Ces derniers assistaient par la suite à une brève pièce de théâtre de rue. Enfin un cortège se formait rue Saint-Denis afin de mettre en avant la figure royale à travers une partie de la ville, il s'agissait de "montrer" le roi et le faire connaître à ses sujets. " Certains bourgeois de ville [échevins, drapiers, orfèvres...] pouvaient avoir le privilège de porter le dais sous lequel trônait le monarque. " Le défilé s'arrêtait notamment à la fontaine Ponceau, l'église des Saints-Innocents, le Châtelet et le Palais Royal.


       Anne de Bretagne connaissait l'Entrée royale puisque déjà reine de France, elle était rentrée majestueusement à Paris le 9 février 1492. En 1505, lors de sa traversée de la ville en litière, elle reçoit de nouveau des cadeaux de la part des bourgeois et surtout, elle entre seule à Paris, selon une cérémonie presque identique à celle ayant eu lieu en 1498 pour son mari Louis XII.


Porte Saint Denis, détail du Plan de Paris par Truschet et Hoyau vers 1550. (voir dans sa globalité ici).



Autres souverains, autres villes, autres entrées royales mais des cérémonies relativement similaires à l'entrée royale d'Anne de Bretagne à Paris le 19 novembre 1505 ...

Entrée royale d'Henri II et de Catherine de Médicis (tous deux en tribunes) à Rouen en 1550.



Enfin, l'entrée royale, en 1667 de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche à Arras, ville nouvellement conquise (analyse à voir ici).

Peinture d'Adam-François Van der Meulen.




Pour aller plus loin :

Les Entrées : gloire et déclin d'un cérémonial, Actes de colloques de Pau, Paris, 1997.
Brown (C.), Pierre Gringoire : les entrées royales à Paris, de Marie d'Angleterre (1514) et de Claude de France (1517), Genève, 2005. Pierre Gringore (1475-1539) étant un poète d'origine lorraine. En outre, présent à l'entrée dans Paris de la reine Anne de Bretagne, il reçut une somme pour " les peines et sallaires d'avoir vacqué par plusieurs journées avant ladite entrée de diviser les mistaires et mis en rymes lesdits qui ont esté jouez [en ces] lieux ". Citation dans Oulmont (C.).

Guénée (B.), Lehoux (F.), Les entrées royales françaises de 1328 à 1515, Paris, 1968.
ici :  Wintroub (M.), L'ordre du rituel et de l'ordre des choses : l'entrée royale d'Henri II à Rouen (1550), in Annales. Histoire, sciences sociales, Paris, p 304, 2002.

Bryant (L.), The King and the city int the parisian royal entry ceremony : politics, rituals and arts in the Renaissance, Génève, 1986.




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